Italie: des milliers de jeunes et de travailleurs manifestent sous haute surveillance
Des milliers d’étudiants et de travailleurs sont descendus dans la rue à travers l’Italie vendredi lors d’une grève générale, réclamant davantage de financements pour les écoles et des mesures contre l’augmentation vertigineuse du coût de la vie, dans un contexte de forte présence policière destinée à prévenir d’éventuels heurts.
Cette journée de mobilisation à l’échelle nationale fait suite à des semaines de protestations menées par des étudiants qui ont installé des campements de tentes et occupé des établissements scolaires pour se faire entendre, dans le sillage de mouvements similaires ailleurs en Europe, notamment en France et en Espagne.
Une grève générale lancée par le syndicat USB vendredi a attiré des milliers de travailleurs, parmi lesquels des chauffeurs routiers, des chauffeurs de taxi et des agriculteurs qui avaient protesté ces dernières semaines contre l’envolée des prix du carburant et le coût de la vie, ainsi que pour s’opposer à l’augmentation des dépenses de défense.
Des cortèges ont défilé dans des dizaines de villes du pays, notamment à Bologne, Gênes, Naples ou encore Turin — où quelques accrochages mineurs entre manifestants et policiers antiémeute ont eu lieu au début de la mobilisation.
"Non à la vie chère, non à la guerre, non au réarmement", pouvait-on lire sur une banderole d'USB en tête de cortège à Milan, où plusieurs dizaines de milliers de personnes se sont élancées depuis la gare centrale peu avant 10H30, sur un parcours évitant le centre ville et ses boutiques après les violences ayant émaillé les manifestations des 17 et 18 octobre.
"Nous sommes arrivés à un point de rupture", a estimé à Rome Beatrice Chilelli, une étudiante en philosophie de 21 ans.
"Les étudiants n’en peuvent plus, ils n’en peuvent plus de payer (...) un loyer qui, bien sûr, est tout simplement hors de portée et qui pèse lourdement sur les épaules des parents", a-t-elle déclaré à l'AFP, citant l'exemple deslogements étudiants pouvant atteindre 1.200 euros pour une chambre individuelle dans la capitale italienne.
A Rome, des milliers de personnes ont quitté la gare centrale de Termini, accompagnées de deux tracteurs et d’un taxi, traversant les abords du Colisée en agitant des drapeaux, en déployant des banderoles et en s’époumonant dans des mégaphones.
"Nous avons besoin de plus de maisons, pas de plus de bombes" scandait un groupe au sein de la foule, tandis qu’une brève performance mettait en scène une dizaine de manifestants imitant des civils terrorisés lors d’un bombardement à Gaza.
"Reconquérons notre avenir", proclamait une banderole déployée par des étudiants à Milan.
- Nouvelles mesures de répression -
Outre les étudiants, la mobilisation de vendredi rassemblait des enseignants, des salariés et des retraités, dont un homme à Rome brandissant une pancarte sur laquelle on pouvait lire : "Retraités — en colère et furieux".
Avant la manifestation, une porte-parole du mouvement étudiant OSA, Laura Teresi, 18 ans, avait indiqué à l’AFP qu’elle s’attendait à une mobilisation "massive" vidant les écoles.
Après le week-end des 17 et 18 octobre marqué par des affrontements entre jeunes et policiers à Milan, le gouvernement ultra-conservateur de Giorgia Meloni a prévu des mesures de répression plus larges, incluant des restrictions sur les rassemblements publics, un assouplissement des règles de détention des mineurs et des sanctions plus sévères à l'encontre de leurs parents.
En parallèle, le gouvernement a aussi décidé le 22 octobre d'un plan d'aide de 175,2 millions d'euros destiné aux routiers, agriculteurs et pêcheurs touchés par l'envolée des prix des carburants liée à la guerre au Moyen-Orient.
Des mesures en faveur des jeunes et des familles sont également prévues dans le projet de budget 2027, actuellement en discussion entre les différents partis de la majorité, comme une prime annuelle de 2.500 euros pour les travailleurs de moins de 30 ans.
"L'école est le lieu qui génère le plus de malaise, car elle est totalement déconnectée des besoins actuels des nouvelles générations en matière de développement, d'identité et de vie sociale, alors qu'elle est pourtant le meilleur endroit pour grandir", avait estimé mercredi devant la presse étrangère à Rome le psychologue et psychothérapeute Matteo Lancini.
E.Calvo--GM