Loin des "outrances", Valeurs actuelles veut changer son image
Désormais dirigé par le journaliste Charles Sapin, le magazine Valeurs actuelles lance une nouvelle formule jeudi pour changer son image, se voulant loin des "outrances" qui lui valent d'être associé à l'extrême droite.
Selon M. Sapin, Valeurs actuelles restera un "journal de droite assumée", à la ligne "libérale-conservatrice" et "au carrefour des droites", mais "refusera tout réflexe pavlovien, tout militantisme, toute outrance".
Il s'agit d'un "projet de refondation profond", pour "changer radicalement l'image du titre et son contenu", a assuré mercredi en conférence de presse Nicolas Le Gall, président de Valmonde, sa société éditrice.
Venu du Point, M. Sapin a été recruté cet été comme directeur adjoint de la rédaction de l'hebdomadaire. Il est devenu numéro 1 par intérim fin septembre après la décision des nouveaux actionnaires de congédier son prédécesseur, Tugdual Denis.
Avant de le recruter, la direction lui a exprimé son intention de "refonder ce journal de la cave au grenier", a indiqué le journaliste de 38 ans.
Fin août, l'arrivée de Charles Sapin comme chroniqueur le dimanche sur France Inter avait provoqué une grève à Radio France, qui avait abouti à ce qu'il quitte l'antenne.
Le personnel du groupe public estimait que Valeurs actuelles porte des idées d'extrême droite, et pointait la condamnation du magazine pour injure publique à caractère raciste après qu'il avait dépeint en esclave l'élue LFI noire Danièle Obono en 2020. Le journal était alors dirigé par Geoffroy Lejeune, passé en 2023 au Journal du dimanche.
- "Réputation sulfureuse" -
"Le fait de m'appeler à un poste de direction est l'assurance que les outrances passées et les écueils dans lesquels ce titre est tombé ne se répètent jamais", a insisté M. Sapin auprès de l'AFP.
"En rejoignant Valeurs actuelles, je n'ai pas découvert la réputation sulfureuse que continue à charrier ce titre, très injustement d'ailleurs. Mais je pense que tout ça va disparaître, et on travaille dur pour ça", a-t-il ajouté.
"Nous ne soutiendrons jamais un candidat quel qu'il soit à une élection", a martelé M. Sapin, et "en cas de deuxième tour Jean-Luc Mélenchon - Marine Le Pen" à la présidentielle, "nous n'appellerons pas à voter Marine Le Pen".
Sous la direction de M. Lejeune (2016-2023), Valeurs actuelles avait soutenu le candidat d'extrême droite Éric Zemmour à la présidentielle de 2022 et s'était spécialisé dans les Unes choc, sur le "grand remplacement", les "racailles" ou "la terreur vegan".
Le nouveau Valeurs actuelles, qui change d'identité graphique, se découpe en deux parties.
D'abord, 56 pages d'actualité, avec de la politique mais aussi davantage d'économie, "pilier historique du magazine", selon M. Le Gall. Ensuite, 32 pages consacrées à des sujets plus "concernants" qui n'étaient "pas présents auparavant", comme "la santé, l'éducation". Le site et l'application ont aussi été transformés.
- Chute des ventes -
La première Une est consacrée à une enquête de l'institut de sondages Ifop, qui fait la radioscopie de l'électorat de droite.
Valeurs actuelles accueille en outre de nouveaux chroniqueurs, dont les anciens ministres macronistes Marlène Schiappa et François de Rugy.
"Nos colonnes seront ouvertes à ceux qui ne pensent pas comme nous", chroniqueurs comme personnalités interviewées, a souligné M. Sapin.
Interrogé sur la profusion d'autres journaux à droite de l'échiquier politique, dont le JDNews, dans le giron du milliardaire conservateur Vincent Bolloré, il a répondu: "On ne se définit pas par rapport aux autres".
Valeurs actuelles, qui avait déjà évolué depuis la fin de l'ère Lejeune, a connu une chute des ventes et s'écoule actuellement à 60.000 exemplaires par numéro (dont 30.000 sur abonnements), contre 80.000 début 2025. Les abonnés numériques sont moins de 5.000 et représentent un levier de développement.
Le journal a été repris fin 2025 par trois actionnaires, Benjamin La Combe, Alexis Caude et l'homme d'affaires proche de l'extrême droite Pierre-Edouard Stérin.
"L'unique priorité des actionnaires, c'est de faire de Valeurs actuelles un objet économique rentable", a assuré M. Le Gall.
Selon lui, les pertes pour 2025 se montent à 2,5 millions d'euros, pour un chiffre d'affaires de 11 millions d'euros.
M.Hernandez--GM