En Inde, le chef du parti des "cafards" arrêté avant une manifestation contre la commision électorale
Le chef du mouvement des "cafards", fer de lance de la révolte étudiante en Inde, a été arrêté samedi à New Delhi par la police avant la manifestation non autorisée à laquelle il a appelé pour exiger la démission du président de la Commission électorale.
"Abhijeet Dipke arrêté !", a écrit le "Parti du peuple des cafards" (CJP) sur les réseaux sociaux, en diffusant des images de la passerelle d'un avion présenté comme celui d'où M. Dipke débarquait dans la capitale pour rejoindre le rassemblement.
Deux autres porte-parole de son mouvement ont également été arrêté, a affirmé le CJP.
La police n'a pas immédiatement confirmé ces interpellations.
Depuis plusieurs semaines, le parti d'opposition du Congrès et le mouvement des "cafards" mènent la fronde contre une révision des listes électorales qui s'est traduite par la radiation de 130 millions d'inscrits, selon le décompte des médias.
Entamé dès l'an dernier, ce nettoyage visait à en retirer les doublons, défunts et fraudeurs.
Mais ses détracteurs l'accusent d'écarter en priorité les minorités, notamment les musulmans, et les populations les plus vulnérables, au profit du Bharatiya Janata Party (BJP) du Premier ministre ultranationaliste hindou Narendra Modi.
La commission électorale (CEI) a démenti toute irrégularité dans la procédure de révision des listes électorales.
- "Totalement injuste" -
"Pour sauver son traître d'ami (le président de la CEI Gyanesh Kumar, NDLR), le dictateur a déclaré la guerre à ses propres citoyens", s'est indigné le parti des "cafards" en référence au chef du gouvernement indien.
Dès vendredi, plus de 20.000 policiers, selon l'agence Press Trust of India (PTI), ont été déployés dans le centre de New Delhi pour empêcher les partisans de l'opposition de rejoindre le site de Jantar Mantar, lieu traditionnel de la contestation dans la capitale indienne.
L'internet mobile a été coupé et de nombreuses stations de métro fermées autour du site, isolé par de nombreuses barrières jaunes. Seule une poignée de contestataires a réussi samedi à s'en approcher, a constaté un journaliste de l'AFP.
"Je suis ici par sens du devoir envers la Nation", a déclaré à l'AFP l'un d'eux, Sanjeev Takshak, 42 ans.
"La question n'est pas de savoir si Gyanesh Kumar a tort, mais de défendre le droit d'exprimer mon opinion", a-t-il ajouté, "l'Etat étouffe toute une ville pour empêcher les gens de s'exprimer".
"Je suis ici pour défendre la Constitution", a renchéri Saransh, un étudiant de 24 ans qui a préféré taire son patronyme par peur des représailles.
"Pourquoi devrais-je demander la permission de protester pacifiquement dans la +plus grande démocratie du monde"+ ?", a-t-il demandé.
"C'est officiel, nous vivons dans une dictature dirigée par Modi", s'est pour sa part exclamé sur les réseaux sociaux l'ancien maire d'opposition de New Delhi, Arvind Kejriwal, après l'arrestation des chefs des "cafards".
- "Anarchistes" -
"Gyanesh doit partir, mais Modi aussi", a-t-il ajouté.
Le président du BJP au pouvoir, Nitin Nabin, a accusé en retour les organisateurs du rassemblement de vouloir "déstabiliser" l'Inde.
"Cette concurrence entre anarchistes pour créer l'instabilité dans le pays ne réussira pas", a-t-il assuré samedi devant la presse locale.
Outre les "cafards", le parti du Congrès, a multiplié cette semaine dans les rues de Dehli les actions symboliques de protestation, qui ont valu à son chef Rahul Gandhi et à des dizaines d'autres élus de brèves gardes à vue.
Le CJP a affirmé dès jeudi que des "milliers" de jeunes avaient été arrêtés préventivement. "La police de Delhi agit comme la milice privée du BJP", selon un de ses porte-parole.
La police de la capitale n'a pas répondu à ces allégations.
Le 20 juillet dernier, la police a sévèrement réprimé une manifestation qui avait réuni à New Delhi plusieurs dizaines de milliers de personnes à l'appel des "cafards" pour dénoncer des fraudes massives aux examens universitaires, à l'origine de plusieurs suicides d'étudiants.
Les échauffourées avaient fait au moins 180 blessés, dont les deux tiers étaient des policiers, selon le bilan des forces de l'ordre, "plusieurs centaines", selon les manifestants.
Cinq jours de mobilisation continue plus tard, Narendra Modi, qui s'est bâti une image d'homme fort depuis son arrivée à la tête de l'Inde en 2014, n'avait eu d'autre choix que d'accepter la démission de son ministre de l'Éducation. Une première.
F.Delgado--GM