Décupler la production: un groupe automobile allemand assemblera des drones pour l'armée française
L'équipementier automobile allemand Schaeffler va assembler un nouveau lot de drones commandés par la France au français Delair et au groupe franco-allemand KNDS, avec pour objectif de "multiplier par dix" les cadences de production, ont annoncé les industriels à l'AFP.
Cette nouvelle commande illustre le succès d'un modèle industriel qui se répand en France, en Allemagne et aux Etats-Unis: mobiliser les capacités de production en série de l'industrie automobile pour fabriquer en masse et à moindre coût, face à l'explosion de la demande de drones sur les champs de bataille.
La Direction générale de l'armement (DGA) a attribué à Delair-KNDS ce nouveau lot de "munitions téléopérées" baptisées MX-10 Damocles, ces drones chargés d’explosifs, capables de se guider jusqu'à leur cible avant de s'y écraser, dans le cadre d'un contrat signé en juillet 2024.
Ils doivent être livrés "en moins d'un an", selon les industriels.
Les livraisons de la première tranche de MX-10 Damocles destinés à l'armée de terre et à la marine, avaient débuté en décembre 2025.
- Commandes à l'export -
"Quelques centaines" de drones ont déjà été livrés et la nouvelle commande porte également sur "quelques centaines", selon Delair et KNDS qui se refusent à plus de précisions et ne dévoilent pas le montant des contrats.
Ce drone est "qualifié par la DGA", précise Dominique Guillet, responsable des munitions chez KNDS.
Les deux groupes évoquent les "premières commandes à l'export" qu'ils ne peuvent pas divulguer à ce stade à la demande de leurs clients.
MX-10 Damocles est "un petit drone kamikaze" avec un rayon d'action de 10 km "équipé d'une tête militaire qui explose. Delair fait le drone et KNDS la tête militaire", explique à l'AFP Bastien Mancini, patron de Delair.
Emportant une charge explosive de 500 grammes, ce drone est conçu contre des blindés légers ou de petites embarcations militaires.
"Ce sont des drones qui sont aguerris et qui fonctionnent déjà dans des environnements où tout est brouillé, le GPS, les liaisons radio... On est capable de faire des évolutions logicielles dans ce système" pour que le drone ne devienne pas obsolète, assure Bastien Mancini.
- L'automobile pour rendre la défense "résiliente" -
A partir de novembre, la capacité de production de ce drone passera à 100 unités par jour contre dix actuellement sur "une usine en France" de Schaeffler, déclare Bastien Mancini sans dévoiler l'emplacement de ce site.
"Schaeffler a un savoir-faire pour faire de la grande série qui nous permet de multiplier par 10 les cadences", précise-t-il.
Delair a signé un juin un accord avec cette entreprise familiale allemande qui fabrique des roulements et d'autres composants pour les constructeurs automobiles pour qu'elle lance une ligne de production du drone Damocles et de l'intercepteur Aspik, un investissement soutenu par Delair, avec la participation de la DGA.
Pour Rémy Triouleyre, le directeur général Europe de Schaeffler, sa société apportera ses capacités industrielles dans "l'assemblage en série, le passage à l'échelle industrielle ou la fourniture de composants" afin de bâtir "une industrie de défense européenne résiliente".
Le français Renault, fort de partenariats conclus cette année avec deux groupes de défense français attend pour sa part des commandes de la DGA pour lancer la production en série de drones Chorus pour Turgis Gaillard au Mans et Toutatis pour Thales sur un site qui reste à déterminer.
L’équipementier français Valeo doit commencer début 2027 à produire en France des moteurs électriques pour les drones de la start-up française Harmattan AI. Forvia, autre équipementier français, prévoit d’assembler en série des drones intercepteurs pour MBDA et Alta Ares, avec une capacité visée de 1.000 appareils par mois en France et en Allemagne.
C.Morales--GM