Au Brésil, deux juges de la Cour suprême à couteaux tirés
L'opposition frontale entre deux juges de la Cour suprême brésilienne a plongé cette institution majeure dans une crise d'une ampleur inédite à moins de trois semaines de l'élection présidentielle d'octobre.
Cette crise ayant pour origine un énorme scandale financier a percuté la campagne, dont les deux favoris sont le président sortant de gauche Luiz Inacio Lula da Silva et Flavio Bolsonaro, fils de son prédécesseur d'extrême droite Jair Bolsonaro.
Mardi, les deux magistrats rivaux seront au coeur des débats d'une séance plénière très attendue de la Cour suprême, retransmise en direct à la télévision.
D'un côté, Alexandre de Moraes, honni par le camp Bolsonaro. De l'autre, André Mendonça, nommé par l'ancien président d'extrême droite (2019-2022).
Les hostilités ont débuté il y a deux semaines, quand le juge Mendonça a rendu public un rapport de police révélant le contenu de messages envoyés par le banquier Daniel Vorcaro, soupçonné de l'une des plus grandes fraudes financières de l'histoire du pays, à un numéro attribué à Alexandre de Moraes.
Dans ces messages datant de novembre 2025, le patron de Banco Master demande de l'aide à son interlocuteur dans le but apparent de freiner l'enquête qui aboutira peu après à son arrestation.
Le juge Moraes a répliqué en accusant André Mendonça d'abus d'autorité.
- Moraes, bête noire du camp Bolsonaro -
Regard sévère, sourcils épais et crâne chauve, Alexandre de Moraes, 57 ans, a eu la charge de plusieurs dossiers brûlants de la Cour suprême ces dernières années.
En 2024, il a ordonné le blocage du réseau social X pendant 40 jours pour non-respect de décisions judiciaires contre la désinformation. Le patron de cette plateforme, Elon Musk, l'a comparé à Voldemort, le méchant de la saga Harry Potter.
Il l'a également qualifié de "dictateur", comme l'ont fait Jair Bolsonaro et son fils Flavio.
L'an dernier, le juge Moraes a conduit le procès qui a abouti à la condamnation de l'ex-président Bolsonaro à 27 ans de prison pour tentative de coup d'État.
En 2023, il était à la tête du Tribunal supérieur électoral quand cette instance a déclaré Jair Bolsonaro inéligible pour abus de pouvoir.
Nommé à la Cour suprême en 2017 par le président de centre-droit Michel Temer, dont il fut ministre de la Justice, le juge Moraes a d'abord été contesté par la gauche. Elle l'a ensuite encensé pour son action face à Jair Bolsonaro.
Alexandre de Moraes est entré dans le collimateur de l'administration du président américain Donald Trump, qui lui a infligé des sanctions financières pour son rôle dans le procès de l'ancien chef d'Etat, allié du locataire de la Maison Blanche.
Quand Washington a annulé ces sanctions, le magistrat a remercié publiquement Lula pour ses efforts diplomatiques.
Mais après les révélations de l'affaire Banco Master, le président sortant a été catégorique: "Si Alexandre de Moraes est coupable, il doit payer".
- Mendonça, "terriblement évangélique" -
Pasteur presbytérien, André Mendonça, 53 ans, cheveux gris et lunettes aux fines montures, a été ministre de la Justice de Jair Bolsonaro.
Ce dernier l'a nommé à la Cour suprême en 2021, tenant sa promesse de faire entrer un magistrat "terriblement évangélique" au sein de la plus haute juridiction du Brésil.
Pour convaincre les sénateurs d'approuver sa nomination, André Mendonça s'était engagé à respecter la laïcité.
Il a célébré cette approbation en priant, en larmes, avec la première dame d'alors, Michelle Bolsonaro, elle aussi de confession évangélique, un courant très puissant dans le camp conservateur.
L'épouse de Jair Bolsonaro l'a qualifié récemment d'"élu du Seigneur", prenant part à une grande vague de soutien de la droite dans son bras de fer avec le juge Moraes.
Le 7 septembre, pour la fête de l'indépendance, un mannequin gonflable à son effigie était visible au milieu d'une manifestation anti-Moraes en présence de Flavio Bolsonaro, dans la capitale économique Sao Paulo.
M.Medina--GM