Des lycées perturbés, Macron appelle au calme
A la veille d'une nouvelle mobilisation nationale des lycéens, des blocages persistent dans plusieurs établissements lundi, alors qu'au moins huit personnels ont été blessés dans la matinée, a déploré le ministère de l'Education nationale, dénonçant une intensification des violences.
Sans qu'aucun lien n'ait été averé avec le mouvement lycéen, le principal d'un collège à Aubagne, près de Marseille, ainsi qu'une professeure ont été blessés par balles. Les ministres de l'Education nationale, Edouard Geffray, et de l'Intérieur, Laurent Nunez, sont attendus sur place.
"Un acte inadmissible", a dénoncé sur X Édouard Geffray, témoignant, selon lui, "du développement d'une violence débridée dans notre société".
Concernant le mouvement lycéen, 96,5 % des établissements étaient ouverts lundi matin avec 130 établissements fermés, contre 172 vendredi. "Le mouvement recule donc nettement (...) avec des foyers de perturbation désormais plus circonscrits", affirme le ministère qui ne communique toutefois pas sur le nombre d'établissements dont l'activité est perturbée par des blocages.
"Si les fermetures d’établissements reculent, les violences s’intensifient", selon la même source. "Au moins huit personnels de l’Éducation nationale ont été blessés" lundi matin, notamment "dans les académies de Créteil, Bordeaux et Lyon".
À Reims, deux agents d'accueil du lycée François-Arago ont par ailleurs été blessés par des tirs de mortiers d'artifice mais aussi un agent de la Région en banlieue parisienne, selon la région Ile de France. Tout comme un policier devant le lycée Saint-Exupéry à Marseille, victime d'un tir de mortier d'artifice selon la préfecture.
- "Convergence" possible ? -
La mobilisation doit se faire "dans le calme, dans l'ordre et dans le respect à la fois des personnes et des biens", a demandé, en marge du Salon de l'Automobile, le président de la République, Emmanuel Macron, dont la parole est rare depuis le début du mouvement lycéen démarré mi-septembre avant de s'étendre partout en France.
Dans plusieurs grandes villes, des établissements sont encore bloqués ou perturbés : l'Ile-de-France qui recense près de 80 lycées perturbés, a décompté par ailleurs un proviseur, un parent d'élève et un agent blessé lundi matin.
A Rennes, où une dizaine d'établissements sont perturbés comme le lycée Joliot-Curie, Naïla, 17 ans, veut manifester mardi et espère une "convergence" avec les +gilets jaunes+ qui ont lancé un appel à manifester samedi.
Dans le Rhône, 27 établissements sont "impactés", dont 19 lycées, six universités et deux collèges, selon la préfecture qui recense "13 interpellations".
A Marseille, plusieurs établissements sont bloqués, très majoritairement dans le calme. Dans un quartier aisé du centre, quelques dizaines d'élèves, assis devant les grilles fermées du lycée Périer témoignent : "On est solidaires des lycées moins bien lotis", lance Emeline, 16 ans, élève en première.
"Déconnectée" -
Selon la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, "le déploiement (des remplaçants, ndlr) a commencé" et "l'objectif, c'est d'optimiser l'organisation de ces remplacements".
M. Geffray avait promis jeudi soir que 3.000 professeurs remplaçants allaient être déployés en urgence dans les lycées où la situation est la plus critique.
Une annonce "assez déconnectée des réalités du terrain" alors que certains enseignants "ont été appelés pour faire un remplacement dans une autre discipline que la leur", a relevé sur France 2 Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU, premier syndicat des collèges et des lycées.
Après avoir privilégié une réponse de maintien de l'ordre face à la multiplication de scènes de violence et d'affrontements - un mineur a notamment eu une main arrachée à Lens, un autre a perdu un oeil à Tours - le gouvernement a graduellement commencé à présenter des réponses plus politiques, sans toutefois convaincre les organisations lycéennes.
Matignon a annoncé dimanche que près des trois quarts des contributions à la plateforme de concertation lancée par le gouvernement à l'adresse des lycéens font état d'emplois du temps surchargés et la moitié citent des problèmes de bâtiments. Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a indiqué que le gouvernement déposerait des amendements au projet de budget pour 2027 qui reprendront "certaines propositions formulées" sur la plateforme.
"Ça n'est pas avec des annonces cosmétiques" que le gouvernement "va répondre à une colère de cette profondeur", a dénoncé lundi sur LCI Sophie Binet, la secrétaire générale de la CGT.
L'Union syndicale des lycéens, qui appelle à la nouvelle mobilisation nationale mardi, évoque "des miettes" depuis jeudi, exigeant toujours la suppression de Parcoursup et un plan de 10 milliards d'euros pour les lycées.
En raison des événements à Aubagne, la réunion entre le ministre de l'Education nationale et les lycéens prévue lundi après-midi a été reportée, a précisé Matignon.
S.Navarro--GM