Globo Madrid - Procès Pormanove: peine de sursis et de "bannissement numérique" pour les deux streamers

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Procès Pormanove: peine de sursis et de "bannissement numérique" pour les deux streamers
Procès Pormanove: peine de sursis et de "bannissement numérique" pour les deux streamers / Photo: Miguel MEDINA - AFP

Procès Pormanove: peine de sursis et de "bannissement numérique" pour les deux streamers

Les streamers Naruto et Safine, qui animaient la chaîne internet sur laquelle Jean Pormanove, un autre streamer, est mort en direct l'été dernier, ont été condamnés mercredi à des peines de prison avec sursis pour des violences et humiliations en ligne illustrant les dérives de certaines plateformes.

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Le procès, qui s'est tenu début juillet à Nice, n'a pas porté sur la mort à 46 ans de Raphaël Graven, alias Jean Pormanove ou JP, dont la découverte en direct du corps inerte sous son drap avait choqué l'opinion publique : après autopsie, l'enquête sur ce volet a été classée sans suite en février.

Le tribunal correctionnel a en revanche condamné les deux hommes pour des violences et des humiliations infligées à JP et à Stéphane G., alias Coudoux, quadragénaire sous curatelle, au cours de milliers d'heures de live entre 2023 et 2025 sur les plateformes Twitch puis Kick.

Owen Cenazandotti, alias Naruto, 27 ans, a été condamné à deux ans de prison avec sursis et 15.000 euros d'amende tandis que Safine Hamadi, dit Safine, 24 ans, est condamné à 18 mois de prison avec sursis et 5.000 euros d'amende.

Une peine de "bannissement numérique" de six mois a également été prononcée, soit une interdiction de publier sur les plateformes en ligne durant cette durée.

Dénonçant "un système de maltraitance" mis en place par les streamers, le parquet avait requis 30 mois de prison dont un an ferme à domicile avec bracelet électronique contre Naruto et 18 mois avec sursis probatoire contre Safine.

La procureure Maud Marty avait aussi demandé des amendes et un "bannissement numérique" à vie pour les deux hommes.

Me Fabien Carles, avocat de Naruto, seul prévenu présent mercredi, a salué une condamnation "largement en dessous des réquisitions" mais encore trop "lourde".

"Ces gens-là étaient des amuseurs qui allaient parfois trop loin mais les juger comme des criminels est fortement exagéré", a-t-il commenté.

Les images diffusées ou décrites durant le procès avaient montré JP et Coudoux recevoir des gifles, des coups de pied, de fouet ou de batte de baseball, des cris dans les oreilles...

La procureure avait dénoncé un "système de maltraitance humaine, pas un dérapage ou une provocation", car "les violences sont le programme, elles font le scénario".

- "Notre délire"-

Pour les streamers, le concept de la chaîne était simple : tous les scénarios étaient envisagés pour provoquer les colères fulgurantes de JP, aussi vites éteintes, "dans la bonne ambiance", avait assuré Naruto, en affirmant s'être inspiré des défis potaches des débuts de Michaël Youn ou Cyril Hanouna.

Devant le tribunal, Coudoux a refusé de se considérer comme victime: "On était une bande de potes, c'était juste notre délire".

"Le concept repose sur la désignation d'une catégorie de personnes comme objet de mépris", avait répliqué la procureure.

Avec une moyenne de 20.000 internautes devant chaque live le soir de 21H00 à minuit, c'était la chaîne Kick la plus regardée en France. Des influenceurs, chanteurs ou footballeurs y ont participé, et ses protagonistes ont touché jusqu'à 6.000 euros par mois, même plus pour Naruto.

"On a vécu une aventure exceptionnelle. On a voyagé, on a kiffé, on a fait du bien à plein de gens. On voyait pas le mal", avait assuré Naruto au tribunal.

Safine, ami d'enfance qui l'avait rejoint pour animer la chaîne, s'était montré beaucoup plus contrit, assurant se sentir aujourd'hui "pas fier". Désormais installé en région parisienne mais sans emploi ni perspective, il a expliqué "se faire traiter de meurtrier, se faire insulter H24 par toute la planète".

Naruto en revanche est resté dans le milieu, projetant de réaliser des vidéos de voyages. En attendant, il écrit des concepts et loue du matériel à d'autres créateurs de contenus. Son petit frère a d'ailleurs repris des lives depuis le Lokal, le studio de Contes, près de Nice, où JP est mort.

Parallèlement aux procès niçois, une enquête est en cours à Paris sur Kick, pour déterminer si elle a rémunéré Naruto et Safine et quels freins elle a mis à leurs dérives. Les streamers, qui n'ont jamais rien déclaré au fisc, font aussi l'objet d'une enquête sur leurs finances.

S.Navarro--GM